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Chansons contre l’oubli
Lucie Baud, belle et tragique figure de la lutte ouvrière, serait totalement tombée dans l’oubli si l’historienne Michelle Perrot n’en avait pas retrouvé la trace. Pièce à conviction : un mémoire signé par Lucie Baud elle-même, faisant le récit circonstancié de son combat social. Qu’une femme ouvrière du début du XXe siècle écrive en son nom était déjà assez extraordinaire pour être remarqué… On comprend que le militant Gérard Mordillat se soit intéressé à cet étonnant personnage, poursuivant une exploration qui traverse toute son œuvre romanesque et cinématographique, de Vive la Sociale (1983) à Les vivants et les morts (2010). Non pas qu’il y trouve la matière à un exposé didactique sur l’histoire des luttes prolétariennes, au contraire. Tout son travail a consisté à donner de la chair à l’engagement de son héroïne, à lui insuffler de l’émotion. Cela passe par la musique de Jean-Claude Petit, fidèle complice du réalisateur, et la place qu’elle accorde aux chansons fredonnées ou chantées par les personnages, qui du Temps des cerises au Va, pensiero de Verdi, se font les miroirs de leurs sentiments. Cela passe aussi par l’interprétation de Virginie Ledoyen, qui aux côtés d’un Philippe Torreton magistral, prête son regard noir et décidé à cette femme combative et généreuse, incarnant sa tragique destinée avec une intense sobriété.